Nous avons accueilli Marie-Agnès Bergeon dans le cadre de notre congrès annuel qui s’est tenu en Auvergne. Celle-ci nous a invité à expérimenter la vie de façon intense en étant présent à nos expériences corporelles. Le yoga nous propose de déchirer nos différentes cuirasses pour aller prendre directement contact avec la vie. Ce qui nous limite, ce sont nos mémoires et nos pensées. La vie c’est l’instant. On la ressent lorsqu’on laisse tomber nos limites. C’est parfois fugace et lorsque cela se produit, nous sommes en relation avec toute chose. Nous cessons de disséquer pour embrasser, pour aller vers une expansion.

 

Le yoga permet de se détendre, de mieux respirer, de faire circuler l’énergie dans nos corps, le corps physique et les autres corps. La vie s’apaise car les pensées sont moins présentes. Cela demande une certaine force pour traverser ces barrières qui reviennent constamment. Il faut de la détermination et une grande confiance.

 

Pour nous permettre de goûter dans nos corps cette circulation bénéfique de l’énergie Marie-Agnès utilise les vibrations du chant. Elle nous amène à apprécier l’immobilisme dans la pratique méditative. Elle utilise aussi la poésie pour toucher nos cœurs :

 

Rumi :

Viens ! Prends un pic et brise ton Soi de pierre.

La matrice du cœur est incrustée de rubis.

Les cascades de rire sont fermées dans ta poitrine

Débouche la jarre de vin.

Enfonce la porte qui mène au trésor de la non-existence

Il ne reste dans ta cruche qu’un peu d’eau saumâtre

Brises la et viens à la rivière.

 

En moyenne, moins de 1 % de nos actions sont faites en conscience. Pour aller de l’ombre à la lumière, il faut s’asseoir. Apprendre à être assis avec une complète aisance. Ainsi notre conscience s’élargit. On respire environ 12 fois par minute, plus ce chiffre descend, plus on prend conscience de notre existence. On vit alors une expansion qui embrasse la totalité et ainsi la peur disparaît. L’autre qui est toujours une menace, ne l’est plus. Petit à petit on déracine notre identification à ce que l’on croit être pour devenir stable, tranquille en unité avec le cosmos.

 

Cette unité est une manière de vaincre la mort, vaincre la dualité. Le yoga permet de se délivrer du corps pour nous préparer à la mort. Marie-Agnès nous met en garde de ne pas utiliser le yoga pour renforcer l’identification au corps. Le mental est une sorte de pâte à modeler nous dit-elle. Il peut être notre pire ennemi ou notre meilleur ami. Nous sommes invités à sortir de nos compulsivités et de nos croyances limitatives par la conscience.

 

Le yoga, comme la vie, est un pétrissage de tout ce que l’on est pour que l’on devienne un pain réussi. Pour que tout soit souple, pour que le corps n’ait plus de pouvoir sur nous. Pour qu’il ne soit plus un fardeau mais une possibilité, un moyen d’expression. Le chemin spirituel est toujours inconfortable. Il chamboule nos habitudes, nous fait sortir de nos marques pour nous faire vivre plus intensément. Nous devons coopérer à notre propre libération. « Si vous faites de ce corps obtenu grâce au destin le moyen d’atteindre la joie suprême, c’est alors seulement qu’il cesse d’être un fardeau et se met à porter ses fruits. » Schiva Samhita

 

Nous sommes repartis rempli de courage vers nos pratiques pour devenir à la fois inflexibles et transparents. Nous avons expérimenté brièvement la stabilité du corps et du mental dans l’abandon absolu au Soi lui-même. Expérience que nous espérons revivre et revivre encore sur nos tapis.

 

Marie Francoeur